— Relevez-vous. Le sol est froid, et pleurer ne change pas les procès-verbaux.
Au coucher du soleil, Adrien avait perdu son entreprise, son bureau, son conseil d’administration et la certitude que le pardon était un droit. La justice suspendit ses contacts non encadrés avec Gabriel dans l’attente des évaluations et des procédures. Romane fut mise en examen quelques semaines plus tard. Son agence disparut. Ses partenaires nièrent l’avoir réellement connue.
Jacques, lui, vint voir Gabriel chaque dimanche, d’abord 1 heure, puis 2. Il apportait des livres, des trains miniatures et une patience qui ne réclamait rien. Il ne demanda jamais à être appelé grand-père. Un matin, Gabriel le fit sans prévenir. Jacques dut retirer ses lunettes pour cacher ses larmes.
Élise reprit le contrôle de Valcourt Systèmes et transforma l’entreprise au lieu de la détruire. Elle conserva les ingénieurs, remboursa les fournisseurs et fit auditer chaque dépense. L’ancien bureau d’Adrien devint une salle de travail vitrée où Gabriel faisait parfois ses puzzles pendant qu’elle terminait une réunion.
Un soir d’hiver, il se plaça devant les fenêtres. Paris brillait au loin, immense, froid, magnifique. Sur le bureau reposait l’ordonnance fixant sa résidence chez Élise et confirmant que toute reprise de lien avec Adrien dépendrait désormais d’actes constants, pas de déclarations.
— Maman, demanda Gabriel, est-ce qu’on a gagné ?
Élise s’approcha, posa une main sur ses cheveux et regarda le reflet de leurs 2 silhouettes dans la vitre.
— Non, mon cœur. Gagner, c’est recevoir quelque chose qu’on n’avait pas.
— Alors qu’est-ce qu’on a fait ?
Elle pensa à la chambre d’hôpital, au téléphone éteint, au vase rempli de leur mariage réduit en poussière, à l’enfant de 1,7 kg qui avait survécu malgré les adultes.
— On a repris ce qui n’aurait jamais dû nous être arraché : notre sécurité, notre nom et le droit de ne plus attendre quelqu’un qui avait déjà choisi de ne pas venir.